Les chemins de fer fédéraux suisses (CFF) reconnurent les avantages de l’exploitation électrique dès avant la première guerre mondiale. En novembre 1913, l’électrification de la ligne du Saint Gothard entre Erstfeld et Bellinzona fut décidée. L’augmentation du prix du charbon, puis le manque de charbon durant les années de guerre qui suivirent confirmèrent le bien fondé de cette décision et contribuèrent à l’accélération des travaux d’électrification après la fin de la guerre. L’électrification des rampes ainsi que du tunnel du Saint Gothard fut achevée le 12 décembre 1920. Pour les trains marchandises, les CFF durent concevoir une locomotive entièrement nouvelle, les expériences relatives à des locomotives de montagne étant encore très minces. La fabrique de machines Oerlikon (MFO) et la fabrique suisse de locomotives et de machines Winterthur (SLM) émirent l’idée de construire une locomotive (1’C)(C’1)-avec de longs capots et deux bogies. Avec cette machine, bientôt baptisée "crocodile", LA «loco du Gothard» était née. Entre 1919 et 1922 furent livrées au total 33 locos sous les numéros d’immatriculation Ce 6/8II 14251 à 14283 qui devaient dominer le service marchandises lourd sur la ligne du Saint Gothard durant les décennies suivantes. Les deux bogies moteurs à trois essieux moteurs chacun et un essieu bissel étaient reliés par un attelage court. Entre les deux bogies moteurs trônait une courte superstructure, garantie d’une inscription en courbe optimale. Pour la Ce 6/8II, la caisse de la loco mesurait tout juste 6020 mm pour une longueur totale de 19460 mm. Les CFF n’ont jamais connu une locomotive de ligne avec une caisse plus courte ! L’entraînement des essieux moteurs se faisait à partir de deux moteurs de traction par bogie moteur via arbre intermédiaire, arbre secondaire de renvoi, bielle triangulaire et bielle d’accouplement. Entre 1942 et 1947, 13 de ces machines furent équipées de nouveaux moteurs de traction plus puissants et la vitesse maximale passa alors de 65 à 75 km/h. La puissance passa quant à elle de 1650 à 2700 kW et les locomotives modifiées furent alors immatriculées dans la série Be 6/8II sous les numéros 13251-13259, 13261 et 13263-13265. Les premières réformes des Ce 6/8II originales eurent lieu à partir de 1965. Simultanément, on commença à transformer onze unités pour l’utilisation dans de grandes gares de triage en y apportant les modifications suivantes : Installation d’une radio de manoeuvre, suppression d’un pantographe et ajout de nouveaux garde-corps pour les plates-formes situées à l’avant des capots. Ce sont ces «crocodiles de manœuvre» qui furent utilisés le plus longtemps et circulèrent encore jusqu’en 1986. Au total, sept des célèbres et populaires Ce/Be 6/8II furent conservées dans les établissements suivants : SBB Historic (14253), Maison Suisse des Transports à Lucerne (13254), Südbahnmuseum à Mürzzuschlag/Autriche (13257), Technik Museum Speyer en Allemagne (14267), Club del San Gottardo (14276) ainsi qu’au Auto- und Technikmuseum Sinsheim en Allemagne(14282).